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    Écologie: que disent les religions du Livre ?

    Arlitto
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    Message  Arlitto Lun 23 Nov - 9:26

    Écologie: que disent les religions du Livre ?

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    «Dieu crée la Terre, la Lune et le Soleil». Michel-Ange.

    A l’heure où le monde tente de trouver une stratégie collective pour répondre aux problèmes climatiques, que nous disent les principales confessions de notre époque ? Comment les trois religions du Livre décrivent-elles, dans les grandes lignes, le rapport de l’homme à la nature ? L’homme doit-il la dominer ? En est-il le gardien ? Ou est-il simplement une expression de la nature ?

    La crise écologique dont nous prenons conscience actuellement nous amène à nous interroger sur nos modèles de développement et sur les valeurs de ceux qui en ont été les promoteurs. Les études scientifiques sur l’histoire du changement climatique, par exemple, ont révélé que le décrochage des températures qui nous entraîne dans un réchauffement planétaire croissant est le résultat d’un phénomène qui a pris naissance au début de l’ère industrielle, pointant ainsi la responsabilité historique des puissances occidentales de l’époque. Or, ces civilisations, comme toutes les autres, sont le produit d’histoires particulières, dont les racines et les visions se sont nourries de diverses croyances. Depuis la nuit des temps, l’Homme a interrogé l’univers en formulant des réponses multiples. Certaines ont disparu, d’autres se sont imposées au fil du temps pour constituer les grandes spiritualités de notre époque. 

    Sans prétendre être exhaustif, nous avons interrogé trois personnalités appartenant aux religions du Livre, avec à chaque fois cette question : Que répondez-vous face aux préoccupations environnementales des hommes ? 

    Réponse des églises chrétiennes 

    L’historien du Moyen Âge Lynn White, dans un fameux article publié en 1967 et intitulé « Les racines historique de la crise écologique », affirme que l’interprétation du Livre de la Genèse (versets 1, 27, 28 « Soumettez la terre et dominez-là »]) a conduit à une prédation de l’Homme sur la nature et, in fine, à une crise écologique. Sa démonstration induit que les racines historiques de cette crise sont religieuses et, en l’occurrence, judéo-chrétiennes. Une interprétation qui a soulevé de nombreux débats théologiques chez les catholiques comme chez les protestants, qui ont récusé cette responsabilité. 

    Face à cette accusation, la principale réponse pour les Eglises viendra, à l’époque, du théologien allemand Jurgen Moltmann, auteur du premier traité chrétien sur l’écologie, Dieu dans la création-Traité écologique de la création. Moltmann, dans sa critique de l’article de Lynn White, affirme que c’est une mauvaise interprétation des versets de la Genèse et que cette lecture passe à côté de la beauté et de la cohérence du récit de la création. Une réponse ainsi expliquée par le jésuite Sébastien Carcelle, que nous avons rencontré. « La création du monde s’est faite en sept jours, s’exclame-t-il. Et on s’arrêterait au sixième, quand Dieu crée l’Homme et lui demande de soumettre la création, les créatures ? Cette lecture se concentre sur un tout petit détail, alors que le terme du projet créateur, ce n’est pas la création de l’Homme le sixième jour, mais le septième jour, quand Dieu partage avec l’Homme un repos heureux et contemplatif de la Création ». En résumé, selonSébastien Carcelle, « Dieu confie les clés du camion à l’Homme, il lui confie son projet créateur en lui disant : 'Vas-y, continue, il y a de l’inachevé et je ne veux pas le faire sans toi. A toi de continuer à créer', faisant ainsi de l’Homme le dépositaire ou plutôt le jardinier de la création divine ».
     
    Au-delà de ces débats théologiques, les écologistes restèrent très longtemps méfiants vis-à-vis de l’Eglise catholique, principalement, l’accusant de ne pas prendre clairement position, de n’avoir jamais, par exemple, considéré comme « péché » le fait de porter atteinte à la nature, et d’avoir historiquement toujours cherché à éradiquer la pensée animiste qui célèbre diverses formes d’esprit de la nature. L’Eglise, en guise de réponse, reconnaît que l’interprétation des Ecritures suppose une retraduction permanente des textes en fonction du contexte. « On ne lit pas la Bible comme on la lisait il y a cinquante ou deux cents ans. Et c’est plutôt un très bon signe, affirme Sébastien Carcelle. C’est la preuve que les églises chrétiennes cherchent à être en prise, de facto, avec les questions que se posent les hommes et les femmes à chaque époque. Donc, elle n’est pas toujours en pôle position, mais elle s’adapte et évolue. »

    Depuis les années 1980, les églises se sont emparées de la problématique écologique, comme l’explique le journal La Croix, et elles ont commencé à reconnaître leur part de responsabilité, confessant « n’avoir pas témoigné de l’amour de Dieu pour toutes et chacune de ses créatures ». Depuis, elles se sont adaptées et ont multiplié les déclarations pour sensibiliser leurs fidèles aux enjeux de leurs temps. Dernière évolution toute récente, l’encyclique « Laudato si » du pape François qui marque une inflexion très claire de l’Eglise de Rome, avec un souci et une attention forte portée aux questions écologiques.
     
    De leur côté, les Eglises protestantes et orthodoxes se sont depuis longtemps engagées concrètement sur le terrain écologique. Le Conseil œcuménique des églises (COE) basé à Genève, qui rassemble 500 millions de fidèles (protestants et orthodoxes) à travers le monde, a été, dès la fin des années 1960, l’un des promoteurs de la réflexion sur le développement durable. Aujourd’hui, on observe que des monastères orthodoxes, en Roumanie et en France, se sont convertis à l’agro-écologie de l’écologiste Pierre Rabhi. Le Patriarche orthodoxe de Constantinople, Bartholomé, surnommé le « Pape vert », organise des rencontres sur le thème de l’environnement. L’Eglise d’Angleterre a décidé, en avril dernier, d’après le quotidien Libération, de retirer 16,7 millions d’euros qu’elle avait investis dans le secteur des centrales à charbon et dans les sables bitumineux, annonçant qu’elle n’investirait plus dans des entreprises qui tirent plus de 10 % de leur chiffre d’affaires de ces activités qui affectent l’environnement. Des Eglises luthériennes se sont même dotées, en Allemagne, en Suède et aux Pays-Bas, d’un label écologique pour leurs paroisses, s’engageant ainsi à respecter des objectifs écologiques.
     
    Réponse du Judaïsme
     
    Dès qu’on interroge le Judaïsme, on se réfère comme pour les chrétiens à la fois à la tradition écrite et à la tradition orale, en l’occurrence à la Tora et aux interprétations des textes par les rabbins à travers les âges. Pour le Rabbin Philippe Haddad, même s’il y a dans les premiers textes, l’affirmation d’un anthropocentrisme de l’Homme au milieu de la création divine, la tradition juive l’interprète comme une forme de responsabilité où l’Homme serait le gestionnaire de la création : « Il est difficile d’imaginer que Dieu ait créé un monde, l’ait offert à l’Homme pour lui dire : 'Maintenant vas-y, détruits ce que j’ai construit'. On voit bien que la logique est une mise en ordre, un maintien du monde... et une harmonisation des éléments de la création ». Une lecture qui dit aux hommes en substance : il faut agir de la sorte. L’Homme a une capacité de domination pour pouvoir agir sur le monde et il peut le modifier « comme un jardinier », précise le Rabbin Philippe Haddad qui ajoute : « Dans le deuxième chapitre de la Bible, il est écrit : 'Dieu crée l’Homme, il le place dans le jardin [et le texte dit] pour le garder et pour le préserver...' Il y a bien l’idée ici de la conservation de la nature. Il ne s’agit pas d’être un prédateur, mais d’avoir une responsabilité ». Des recommandations que l’on retrouve dans de nombreux textes du Talmud issus de la tradition orale qui donne toute une conception de l’urbanisme et de l’environnement, affirmant que l’Homme est en lien avec la nature et que s’il la détruit, c’est lui-même qu’il détruit et qu’alors, il remet en question toute la volonté de Dieu. Et Philippe Haddad de conclure : « Je ne suis pas sûr qu’aujourd’hui, le fait que l’on pollue les mers ou l’atmosphère, ce soit pour accomplir le verset de la Bible 'Conquérez le monde et dominez- le'. Je pense que ce sont des intérêts économiques, et qu’on fait ça au nom d’un veau d’or… Car dans la tradition juive, l’Homme doit être responsable. »

    Réponse de l’Islam

    Autre regard, autre vision, pour le philosophe Mohamed Taleb, le Coran avant d’être un livre est d’abord un souffle, une parole, et c’est pour cela que dans les grandes traditions musulmanes, comme dans le soufisme, mais pas seulement, le texte, avant d’être lu de manière théologique, est d’abord psalmodié. « L’importance de cette psalmodie permet de souligner l’importance du souffle, de la respiration. Il y a un acte de lecture par lequel le Coran, le lecteur et l’univers entier se conjuguent mutuellement. Le fait d’expirer l’univers en lisant le Coran et le fait de lire le Coran en regardant l’univers et les règnes animal, végétal et minéral permet de voir l’inclusion entre le grand livre révélé et le grand livre de la nature. »

    Pour l’imam Tiégo Tiemtoré, cité dans l’Observateur Paalga, « tout musulman a un devoir de protection de l’environnement ». Il cite : « Le Prophète passa un jour près d’un compagnon, Sa’d, qui faisait du gaspillage d’eau dans ses ablutions. 'Que signifie ce gaspillage, Sa’d ?', lui demanda-t-il. 'Peut-il y avoir du gaspillage dans les ablutions ?' Oui, répondit le Prophète, 'même si tu te trouves au bord d’un cours d’eau' » (rapporté par Ibn Mâja).
     
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    Grande mosquée de Niamey, 1er mai 2015. Pour l’imam Tiégo Tiemtoré, «tout musulman a un devoir 
    de protection de l’environnement».


    Dieu affirme aux hommes qu’il a mis les ressources du monde à leur service pour qu’ils puissent vivre sur terre l’épreuve de la vie : «'Dieu est celui qui a créé les cieux et la terre et qui, du ciel, a fait descendre une eau grâce à laquelle il a produit des fruits pour vous nourrir… Il a mis à votre service les rivières, le soleil, la lune, à votre service la nuit et le jour, et il vous a accordé tout ce que vous lui avez demandé. Et si vous comptiez les bienfaits de Dieu, vous ne sauriez les dénombrer » (Coran 14/32-34 ; 31/20 ; 45/12-13 ; 11/7). 

    L’Homme a le droit de tirer profit des ressources qui se trouvent sur terre, estime l’Imam Tiégo Tiemtoré. Cependant, il a aussi le devoir de le faire de façon modérée. L’Islam a donc érigé des principes que l’Homme doit respecter dans son utilisation des ressources de la terre. Les rapports avec la création humaine, végétale et animale, sont codifiés et plusieurs hadîth du Prophète mettent en exergue certains devoirs que l’Homme a vis-à-vis de la nature. Donc, l’Homme doit bien gérer les ressources qui sont un don de Dieu. 

    Face à la crise écologique, comment « ré-enchanter le monde », pour reprendre le mot du célèbre sociologue Max Weber. L’Homme ne se sauvera pas seul et il est urgent de restaurer l’unité entre l’Homme et la nature ou entre l’humain, le divin et le cosmique. En tout cas, les religions ont chacune aujourd’hui des réponses.

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