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La Tour de Babel :: l'origine de l'empire mondial des religions

    Rites et pratiques religieuses

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    Message  Arlitto Jeu 19 Nov 2020 - 7:45

    Rites et pratiques religieuses

    Quelques connaissances utiles pour les soignants

    Nous avons choisi d'exposer les rites de quelques confessions dans l'optique "connaissances utiles" pour les soignants. Elles sont présentées dans un ordre qui n'implique aucune échelle de valeur de notre part :


    • celles basées sur la Bible, Ancien et Nouveau Testament, (Catholicisme romain, Protestantisme, Orthodoxie grecque et russe, Église néoapostolique) ;
    • celles basées sur la Bible entière ou en partie et un autre livre (Église adventiste et Témoins de Jéhovah, Mormons, Judaïsme) ;
    • celles basées sur d'autres écrits (Islam, Hindouïsme, Bouddhisme).


    Les rites du Confucianisme - qui est pratiqué en Chine par la majorité des chinois mais n'a pas essaimé - et du Shintoïsme japonais, ne sont pas exposés : nous ne sommes pas confrontés à ces pratiques religieuses en France en 1996.

    À contrario et toujours pour rester pragmatique, les Témoins de Jéhovah et les Adventistes, moins nombreux mais dont les croyances ont une incidence sur les soins sont cités : ce sont des connaissances utiles aux soignants, ici et maintenant.


      Nous nous excusons par avance auprès des soignants qui ne retrouveraient pas exposées les pratiques de leur confession : nous avons fait un choix par grandes orientations ici et maintenant...et tout choix est contestable. Le tableau ci-dessous situe dans le temps et l'espace les pratiques exposées.

    Rites et pratiques religieuses  3dw0
    Note : Les écrits recensés pour les rubriques "Pratiques religieuses", "La nourriture, signification et prescriptions" et "Rites du passage de vie à trépas" sont les concepts traditionnels.
    Pour la même religion ils sont variables suivant les pays et dans un même pays suivant les régions , la campagne ou la ville, hier ou aujourd'hui.
    Rite Catholique romain

      Écrits sacrés.Conception chrétienne, basée sur l'Ancien et le Nouveau Testament. Pratiques religieuses.Prière. Messe : lecture et méditation de la Parole de Dieu. Messe du dimanche et des fêtes avec communion. Confession pour se réconcilier avec Dieu et avec l'Église.Fêtes et saisons. Fêtes : Noël, Rameaux, Vendredi-Saint, Pâques, Ascension, Pentecôte et d'autres comme Épiphanie, Fête-Dieu, Assomption, Toussaint.La naissance : signification et rites.Dieu confie les enfants à la responsabilité des parents qui par l'éducation et par l'exemple leur font connaître la foi. Baptême: celui d'urgence est donné, sur demande des parents, à un enfant gravement malade. Ce baptême peut être donné par un membre de l'équipe soignante. Pour baptiser, verser de l'eau sur le front de l'enfant en le nommant par son prénom et en disant : X je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.La nourriture : signification et prescriptions.Observance du carême : temps de mortification comme le Mercredi des cendres et le Vendredi-Saint qui sont jours de jeûne et d'abstinence (sans viande). Le vendredi, il est recommandé aux fidèles de s'unir au Christ par des actes de pénitence, en souvenir de sa mort, un vendredi.Maladie, souffrance : signification et actes religieux . Christ a vaincu la souffrance en l'offrant au Père. Avec lui le malade peut poursuivre sa lutte contre toute forme de mal qui détruit l'homme. En union avec Celui qui, le premier, à connu la souffrance, il participe à son action salvatrice. Visites de membres de la communauté chrétienne. Prières. Communion au corps du Christ qui peut être portée par des membres de l'équipe de visiteurs.Signification de la mort.Entrée dans la plénitude de la vie nouvelle du royaume de Dieu. Fils et Fille de Dieu chacun devient pleinement participant de la vie de Dieu. Prière et lecture de la Bible pour rappeler l'espérance en la grâce de Dieu. Présence de l'aumônier et de la communauté selon désir.Rites du passage de vie à trépas.L'extrême onction est le sacrement de l'onction des malades, donné dès que la personne se sent menacée par la maladie. Célébration du "viatique" : dernière participation sacramentelle au corps du christ avant d'y être incorporé définitivement.Rites des funérailles.Quand cela est possible, les trois jours de veille avant inhumation sont respectés. Pendant l'office religieux, fleurs, bougies et prières correspondent à ce qui se passe sur le plan spirituel : l'illumination et l'éclosion de l'âme dans le monde de l'esprit. On aide ainsi le défunt à se détacher du matériel.Autopsie et prélèvements d'organes. Pas d'obstacle au niveau de la doctrine.Où va l'âme après la mort ? Jean-Claude Crivelli, prêtre catholique. Nous sommes des êtres incarnés, aussi utilisons- nous des catégories spatio-temporelles pour parler de l'au-delà. Mais la mort étant une sortie de l'univers, elle est une sortie du temps et de l'espace. En fait, on sait peu de choses sur cet au-delà. La Bible parle du Royaume, du sein d'Abraham, d'un lieu de repos, etc. C'est par le corps que chacun d'entre nous est en rapport avec le monde. À la résurrection, c'est avec un corps «glorieux» qu'est appréhendé le monde renouvelé. Le paradis est un lieu décrit comme exquis. Mais «Nul ne rejoint le Très-Saint, s'il n'est lui-même sanctifié». D'où l'existence du purgatoire. Ce qui, dans d'autres traditions, se fait au cours du cycle des réincarnations, s'accomplit dans ce lieu de purification. L'enfer est la séparation d'avec Dieu.


    Rite Protestant

      Écrits sacrés. Conception chrétienne, basée sur l'Ancien et le Nouveau Testament. Pratiques religieuses. Prière, lecture de la Bible, culte dominical, participation à la Sainte-Cène.Fêtes et saisons.Fêtes : Noël, Rameaux, Vendredi-Saint, Pâques, Ascension, Pentecôte.La naissance : signification et rites.Dieu confie les enfants à la responsabilité des parents qui par l'éducation et par l'exemple leur font connaître la foi. Baptême unique dans l'enfance ou à l'âge adulte.La nourriture : signification et prescriptions.Le repas partagé peut avoir une signification de communion. La nourriture est un don du créateur. Pas de prescription particulière.Maladie, souffrance : signification et actes religieux.Christ a vaincu la souffrance. Il est présent dans les moments d'épreuve. Visite des membres de la paroisse et du pasteur.Signification de la mort.Espérance de vie éternelle. Découverte d'une plénitude nouvelle. Passage auprès de Dieu. Prière et lecture de la Bible pour rappeler et renforcer l'espérance en la grâce de Dieu. Présence de l'aumônier et de la communauté selon le désir du mourant.Rites du passage de vie à trépas.Accompagnement à l'aide de lectures Bibliques et de prières. Un proche du mourant peut faire fonction de pasteur.Rites des funérailles.Le culte des funérailles est destiné à l'accompagnement de la famille et des amis. il est centré sur la prédication de l'Évangile : promesse de Résurrection. Le défunt est enterré simplement, avec respect ; lecture d'un verset de la Bible et prières.Autopsie et prélèvements d'organes. Pas d'obstacle au niveau de la doctrine, ainsi que pour l'incinération. Admis selon la procédure légale.Où va l'âme après la mort ? Jean-Claude Basset, pasteur à Genève Traditionnellement, l'existence est vue en trois étapes. La vie ici-bas, la période entre la mort et la résurrection finale (une sorte de sommeil), puis la résurrection proprement dite, à la fin des temps. Selon un autre courant de pensée, enfer et paradis sont sur terre et le croyant est déjà passé de la mort à la vie. La mort n'est pas pour autant vue comme une impasse, mais comme une porte ouverte. Sur quoi ? On l'ignore. Pour d'autres encore, la spéculation sur l'au-delà n'a pas de sens et la résurrection est à prendre au sens symbolique. Enfin, il y a aussi des adeptes de la réincarnation.


    Rite Orthodoxe grec ou russe

      Écrits sacrés.Conception chrétienne, basée sur l'Ancien et le Nouveau Testament. Pratiques religieuses. Prière du matin, vêpres du soir.Fêtes et saisons. Fêtes : Noël, Baptême du Christ, Annonciation, Rameaux, célébration de la Semaine Sainte et du matin de Pâques, Ascension, Pentecôte, Transfiguration, Nativité de la vierge, Dormition, Fêtes des saints propres à chaque région.La naissance : signification et rites.Prière de reconnaissance et de purification pour la vie qui est donnée et pour la mère. Présentation le quarantième jour. Baptême à un ou deux ans.La nourriture : signification et prescriptions. Avant la communion le croyant reste à jeun. Jours de jeûne pour la préparation des fêtes : repas maigres, pas de viande.Maladie, souffrance : signification et actes religieux.La souffrance peut frapper tout le monde. Il faut prendre courage, une issue heureuse est un couronnement. Christ a souffert pour nous donner un exemple et pour libérer l'homme. Avant une opération, à la demande du patient, appeler le prêtre pour prière et communion.Signification de la mort.La mort est naissance à la vie nouvelle, la rentrée dans la vie spirituelle. Nous vivons ici dans la pensée de la vie à venir.Rites du passage de vie à trépas.Appeler le pope et la famille : communion et prières pour le repos de l'âme. Après le décès les bras sont croisés sur la poitrine.Rites des funérailles.Pendant l'office religieux, fleurs, bougies et prières correspondent à ce qui se passe sur le plan spirituel : l'illumination et l'éclosion de l'âme dans le monde de l'esprit. Traditionnellement le corps est porté à l'église, cercueil ouvert.Autopsie et prélèvements d'organes.À éviter selon la doctrine orthodoxe.Où va l'âme après la mort ? Jean Reneteau, prêtre orthodoxe L'ascension vers Dieu se poursuit pendant quarante jours, le temps pour l'âme de se purifier et d'accomplir l'effort de détachement de l'enveloppe corporelle. Le paradis - une notion développée en Orient, dans un monde de chaleur et de sable - est vu comme un jardin. C'est un état de vie dans la présence de Dieu. L'enfer, c'est l'inverse, la séparation d'avec Dieu. Il y a deux formes de mort : l'agonie, expérience douloureuse de celui qui ne veut pas quitter son enveloppe charnelle. Et la dormition, dans laquelle celui qui s'endort s'est préparé et vit la mort comme un passage, une Pâque.


    Rite Néo-apostolique

      Écrits sacrés. Conception chrétienne, basée sur l'Ancien et le Nouveau Testament. Pratiques religieuses.Pratique de la Sainte Cène.Fêtes et saisons.Noël, Pâques, Ascension, Pentecôte.La naissance : signification et rites.L'enfant est un don de Dieu. Bénédiction prénatale de la mère.La nourriture : signification et prescriptions. Pas de prescription particulière.Maladie, souffrance : signification et actes religieux.La maladie vient soit par notre faute, soit pour nous tester. Il faut l'accepter.Signification de la mort.La mort est la délivrance du corps : le passage équivalent au retour de l'enfant à la maison du Père.Rites du passage de vie à trépas. Le chef spirituel a le pouvoir d'absolution des pêchés. Pas de prescription de rituels.Rites des funérailles.Simples Autopsie et prélèvements d'organes.Attitude positive, voire encourageante, laissant toutefois la décision au patient et à la famille, selon la procédure légale.


    Rite Témoin de Jéhovah

      Rappel : qualifié de "secte" par deux rapports parlementaires Écrits sacrés. Conception chrétienne, basée sur l'Ancien et le Nouveau Testament (en partie).Pratiques religieuses.Réunions hebdomadaires : discussion sur des textes de la Bible. Fêtes et saisons. Pas de fêtes, mais souvenir de la mort du Christ.La naissance : signification et rites.L'enfant est un héritage de la part de Dieu. Pas de prescription.La nourriture : signification et prescriptions. Pas de viande d'animaux non saignés. Pas d'aliment contenant du sang ou du plasma (saucisses).Maladie, souffrance : signification et actes religieux.La souffrance est la conséquence du pêché et de la vie que nous avons menée, mais elle n'est pas une punition. Visite des membres de la communauté selon le désir du malade. Jamais de transfusion de sang ou de plasma.Signification de la mort.Le croyant retourne à la poussière, il reste conservé uniquement dans la mémoire de Dieu en attendant l'apparition du Royaume millénaire sur cette terre. Ce Royaume est imminent.Rites du passage de vie à trépas. Pas de rite particulier. Rites des funérailles. Prière et discours par la communauté.Autopsie et prélèvements d'organes.Vu qu'il n'y a aucune prescription sur ce sujet dans la Bible, chacun est libre de décider selon sa conscience. Refusent en majorité.INCIDENCE SUR LES SOINS. Les témoins de Jéhovah sont opposés aux transfusions et au fait de manger certains aliments auxquels du sang aurait été ajouté, comme dans certaines saucisses et certaines charcuteries. Les drapeaux nationaux ou les symboles du pouvoir souverain d'une nation sont interdits par l'Exode 20, 2-6. C'est pourquoi les témoins de Jéhovah, ne peuvent saluer un emblème national sans violer le commandement de Jéhovah contre l'idolâtrie. Ils sont des pacifistes et des objecteurs de conscience en temps de guerre. Ils n'observent aucune fête nationale ni aucune cérémonie, même celle de Noël. Il faut l'avoir présent à l'esprit pour ne pas risquer de froisser les résidents de cette confession lors des préparations de fêtes. Avant d'éviter de les associer à ces préparations, leur demander toutefois leur avis.
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    Message  Arlitto Jeu 19 Nov 2020 - 7:46

    Rite Adventiste du septième jour


      Écrits sacrés.Basés sur la Bible et le livre de Mme White. Pratiques religieuses. Lecture de l'Ancien, du Nouveau Testament et du livre de Mme White. Observation stricte du sabbat (du coucher du soleil vendredi au coucher du soleil samedi). Sainte Cène tous les trois mois.Fêtes et saisons. Pas de célébration de fêtes.La naissance : signification et rites.L'enfant est un don de Dieu. Présentation des enfants. Pas de baptême.La nourriture : signification et prescriptions.Éviter certaines viandes, fruits de mer, caféine, alcool, tabac.Maladie, souffrance : signification et actes religieux.La souffrance est permise par Dieu, il veut nous apprendre quelque chose par elle ; c'est un moyen d'éducation. Il faut se confier en Dieu.. Transfusion sanguine acceptée.Signification de la mort.L'âme c'est la personne (le corps et le souffle de vie). Sommeil des morts qui attendent la résurrection, au retour du Christ.Rites du passage de vie à trépas.Lecture de versets de la Bible Rites des funérailles.Prière et rites simples Autopsie et prélèvements d'organes.Admis sans difficulté.INCIDENCE SUR LES SOINS. Les doctrines religieuses des adventistes du septième jour enseignent que le corps est le temple de Dieu et doit, par conséquent, être maintenu en bonne santé. Les gens qui se réclament de cette foi doivent éviter les fruits de mer, la viande, la caféine, l'alcool, les drogues et le tabac sous toutes leurs formes. Un adventiste du septième jour peut refuser une intervention chirurgicale le vendredi soir ou le samedi (matin ou après-midi) car le patient peut interpréter cette intervention comme entrant en conflit avec ses doctrines religieuses. Ce même patient peut aussi refuser certains traitements médicaux qui ont normalement lieu ces jours-là comme des thérapies respiratoires ou de la physiothérapie. La doctrine religieuse concernant les nourritures impures peut conduire certains adventistes à refuser de manger des aliments sous forme de coquillages, comme le crabe ou la langouste ; certains poissons éboueurs comme le poisson-chat, ou certaines viandes. Ce refus de manger des aliments riches en iode ou en protéines peut amener certains malades à manquer d'iode ou de protéines (substitut : le soja)


    Rite Mormon


      Écrits sacrés.Parties de la Bible et Livre de Mormon.Pratiques religieuses.Tous les hommes sont détenteurs de la prêtrise. Baptême de substitution pour les ancêtres.Fêtes et saisons.Noël, Pâques, Pentecôte.La naissance : signification et rites.Présentation des enfants. Pas de baptême d'enfants. La nourriture : signification et prescriptions.Code de la santé : une nourriture saine, sans aucun excitant (ni thé, ni café, ni alcool, ni fumée, ni drogues).Maladie, souffrance : signification et actes religieux.La maladie est la conséquence d'une mauvaise conduite et des circonstances de la vie. Elle est une épreuve mais non un châtiment. Veiller à toujours respecter le code de la santé car la vie est un bien précieux.Signification de la mort.Croient avoir vécu avant cette vie comme une parcelle de l'Esprit de Dieu. L'esprit est issu de Dieu et y retourne. Le corps est le temple de l'Esprit, il retourne à la terre et doit être enterré non brûlé.Rites du passage de vie à trépas. Lecture de versets de la Bible. Rites des funérailles.Prière et lecture de versets de la Bible.Autopsie et prélèvements d'organes. Admis.


    Rite Juif


      Écrits sacrés. La Torah (Ancien Testament hébreu).Pratiques religieuses.Lecture quotidienne de la Torah (Ancien Testament hébreu), surtout les Psaumes. Seuls les hommes lisent les écrits et ils se couvrent la tête pour prier et lire. Observation de la loi, tel le sabbat qui commence le vendredi soir au mahariv, c'est à dire au coucher du soleil et finit le samedi soir au mahariv ; durant le sabbat il y a des comportements à respecter : ne pas fumer...Fêtes et saisons. Pourim, Pésa'h, Chavouot, Roch Hachana, Yom Kippour, Souccot, Chemini, Atseret, Sim'hat, Tora, Hanoucca. La naissance : signification et rites.En cas de mariage mixte c'est la mère qui détermine la religion de l'enfant. Circoncision rituelle des garçons. Si une grossesse représente un danger pour la santé physique ou psychique de la mère, l'avis médical est décisif et l'interruption est autorisée. Car une vie humaine vaut autant que toute la création.La nourriture : signification et prescriptions. Pas de porc, charcuterie, saindoux. Viandes kasher (Larousse : Se dit d'un aliment conforme aux prescriptions de la Loi juive, ainsi que du lieu ou il est préparé ou vendu). Les laitages ne sont jamais servis au même repas que les viandes. Les ustensiles réservés aux laitages sont toujours lavés à part. Jeûne absolu de 24 h au Yon Kippour (fête d'automne). Sauf avis médical, pain sans levain à la Pâques (Pésa'h) Maladie, souffrance : signification et actes religieux. Parfois souffrances et maladies sont incompréhensibles (ex : livre de Job) ; parfois elles apparaissent comme un châtiment. La visite aux malades est une obligation morale; le visiteur fait partie de la famille, ou est bénévole. Dans ce cas il est souvent membre de l'association Bikhor Holim (visite aux malades)Signification de la mort.Tout le monde va au séjour des morts, le Chéol. La foi en la résurrection est très mince, mais il existe l'espoir que Dieu fera quelque chose.Rites du passage de vie à trépas.Aviser absolument la famille qui ne quitte pas le malade, même (et surtout) au moment de l'agonie, car l'âme qui quitte le corps au moment de la mort est pleine de douleur. Prières et confession en hébreu : le malade est invité à se confesser, à demander pardon aux hommes et à Dieu, et à prononcer les paroles que ma mort soit une expiation pour toutes mes fautes. Il est défendu de toucher le malade agonisant, car il est comme une bougie vacillante qui va s'éteindre dès qu'on la touche. Toutes les parties de son corps doivent être soigneusement recouvertes. Au moment du décès, les proches déchirent, en signe de deuil, une partie de leur vêtement et allument des bougies. Un des hommes, de préférence le fils aîné, récite le verset du Chemah Écoute Israël, l'éternel notre Dieu, l'éternel est Un (profession de foi du judaïsme). On ferme alors les yeux du mort et on dépose son corps, convenablement recouvert, à même le sol. Puis il est temps pour les membres bénévoles de la Hebra Kadicha de lui faire la toilette mortuaire. Ce sont eux qui préparent la veillée funéraire, veillent à la mise en bière et aux obsèques religieuses qui ont lieu vingt-quatre heures après le décès.Rites des funérailles.C'est une cérémonie simple, sans fleurs, ni ornements.Autopsie et prélèvements d'organes.Autopsie interdite. Mutilation de cadavre non admise. Mais l'avis du médecin est à considérer. Prélèvement d'organes : transplantation de vivant à vivant, ou si la vie du donneur n'est pas en danger.Où va l'âme après la mort ? Hervé Krief, rabbin à Lausanne. Les textes qui parlent de l'au-delà sont rares. Dans le Talmud, on trouve deux traditions qui se complètent: l'une parle d'une résurrection sur terre, l'autre d'un monde futur, spirituel, où chacun accède après la mort. L'articulation entre les deux n'est pas claire. Mais personne ne s'en préoccupe vraiment, l'important étant de savoir qu'il existe une justice divine dans l'au-delà. Le mot de Chéol - «grand trou noir», en hébreu - apparaît dans les psaumes du roi David. Il peut laisser penser qu'il n'existe rien après la mort. Mais un des principes de la foi juive énonce: «Je crois en la résurrection des morts lorsque Dieu le voudra.»Il est également question dans la Genèse d'un jardin d'Eden, le paradis. On sait que deux anges en gardent l'entrée. Quand à la Géhenne - littéralement vallée de Gehinom, près de Jérusalem - c'est l'enfer. Là encore, les textes sont peu prolixes.


    Rite Musulman
    Deux courants : Sunnites (80%) et Chiites (20%).


      Écrits sacrés.Basés sur le Coran.Pratiques religieuses.Prières quotidiennes. Le musulman prie à genoux, le front et les coudes au sol, tourné vers l'Orient où se situe La Mecque. Absence de clergé et de hiérarchie religieuse : tout musulman peut être "iman"(celui qui professe la foi) et diriger la prière. Absence d'intermédiaire entre Dieu, Allah, et le fidèle.Fêtes et saisons.Achoura (la dîme), Mouloud (naissance du prophète), Ramadan (jeûne, pénitence), la petite fête, la grande fête (sacrifice d'Abraham, pèlerinages)La naissance : signification et rites.Le père seul détient l'autorité parentale. L'enfant a la religion et la nationalité du père. Sounna : le rituel de la circoncision.La nourriture : signification et prescriptions. Pas de porc, pas d'alcool. À la saison du Ramadan, jeûne absolu jusqu'au coucher du soleil.Maladie, souffrance : signification et actes religieux.La souffrance est difficile à comprendre «Si tu souffres prends-en qu'à toi ; crois-tu entrer au paradis sans être éprouvé ? », dit Allah. En cas de nécessité absolue la transfusion sanguine est admise.Signification de la mort.La mort est une transformation : séparation du corps et de l'âme. Jugement : sanctions ou gratifications.Rites du passage de vie à trépas.


    On  tourne le corps vers la Mecque, on lui tient l'avant-bras droit, coude posé sur le lit, l'index désignant le ciel, en répétant fois avec lui dans sa langue : Allah est Dieu, Mahomet est son Prophète. Si on est un de ses proches, on lui demande pardon et on peut l'embrasser sur le front si on le désire, mais aucun texte (Coran ou Sunna) ou même recommandations de savants n'existent à ce sujet. C'est de l'ordre du permis, non du rituel. (Brahami M., Les rites funéraires en  Islam, éd Tahid, Lyon, 2005, p 192)
    Après sa mort, le corps du mort est tourné vers la Mecque (le visage tourné vers le sud, la tête au sud-ouest, les pieds placés au nord-est). Le corps est lavé trois fois de suite selon des règles précises, puis les yeux sont fermés. Le corps, nu, est ensuite enveloppé dans un linceul. Lorsque l'on enveloppe le défunt dans un linceul, on peut utiliser des bandelettes pour maintenir le linceul en place jusqu'au moment de déposer le corps dans le cerceuil ou dans la tombe. À ce moment, on doit dénouer les bandelettes utilisées.


      Rites des funérailles.Dans la tombe, le corps est couché sur le coté droit, pieds au nord-ouest, tête au sud ouest la face tournée vers la Mecque. Trois pleines mains de terre seront jetées par chacun des proches sans aucun artifice, riches et pauvres étant enterrés dans la même terre. La tombe est suffisamment large pour que le mort puisse se retourner à l'appel des anges Munkar et Nakir qui l'interrogeront sur la manière dont il a été fidèle.Autopsie et prélèvements d'organes.(Interprétations différentes selon les sources).Où va l'âme après la mort ? Hafid Ouardiri, porte-parole de la mosquée de Genève. Le paradis est un lieu de délices et chacun y occupe une place suivant ses mérites. On n'y rentre que grâce à la miséricorde divine. L'enfer existe, lui aussi. C'est le lot de ceux qui ont commis des fautes impardonnables, comme de nier la divinité de Dieu. Au moment de la résurrection, chacun retrouve son enveloppe physique.


    Rite Hindouïste


      Écrits sacrés. Écrits classiques : Védas, Pouranas, Upanishads.Pratiques religieuses. Prières et ablutions.Fêtes et saisons.Suivant les castes et les divinités vénérées, principalement la fête des lumières (Divali).La naissance : signification et rites.Incarnation de parcelle éternelle (atma) en migration. Choix du corps selon les mérites des vies antérieures. Amulettes, fumigations, formules sacrées pour empêcher les mauvais esprits de faire du mal à la mère et à l'enfant.La nourriture : signification et prescriptions.Végétariens (le végétarisme hindou date de l'apparition du Bouddhisme) motivé par la croyance en la réincarnation. Deux castes mangent de la viande : les Kshatris et les Shoudras. Antroposophie : science alimentaire particulière, végétarienne également.Maladie, souffrance : signification et actes religieux.Souffrance et maladie sont toujours méritées à cause des erreurs commises dans les vies antérieures. Il faut souffrir pour expier, car il n'existe pas de pardon. Empêcher la souffrance des autres est un mérite pour celui qui le fait, mais une perte pour le malade. Amulettes et formules sacrées pour éloigner le mal.Signification de la mort.Le corps est une enveloppe souillée qu'il faut brûler pour en libérer la parcelle éternelle qui va migrer plus loin. Atteinte du Môksha à la fin du cycle des réincarnations, c'est à dire la réincarnation dans le Paramâtma (être suprême)Rites du passage de vie à trépas.Prières sous forme de Mantra. Rites des funérailles.Incinération Autopsie et prélèvements d'organes.Ne posent pas de problème.


    Rite Bouddhiste
    Nombreux courants : tibétain, indien, chinois, coréen, japonais (zen).
    Écrits sacrés.
    Écrits variés suivant les pays, dérivés du Mahayana ou du Hinayana.
    Pratiques religieuses.
     Méditation. Récitation de prières et de mantras. Offrandes.
    Fêtes et saisons.
    Nouvel an (Saka Dawa), premier tour de la roue du Dharma, retour du Bouddha Shakyamouni des terres pures. Chaque mois nouvelle et pleine lune ( 10 et 25 du calendrier tibétain)
    La naissance : signification et rites.
     La présence au monde est souffrance. Il faut apprendre dès le plus jeune âge à s'en dégager.
    La nourriture : signification et prescriptions.
    Végétarisme motivé par le souci de ne pas faire souffrir ni tuer.
     Le Bouddhisme Zen a une science alimentaire particulière.
    Maladie, souffrance : signification et actes religieux.
    La souffrance a une signification de purification : elle aide à vaincre les désirs et à s'éloigner du monde.
    Signification de la mort.
     La mort souhaitée est l'entrée dans le Nirwana (paix) ou l'Éveil. Deux états atteints lorsqu'on a vaincu tous les désirs pour le Nirvana ; et lorsqu'on a totalement développé sa compassion et sa sagesse pour l'Éveil
     Rites du passage de vie à trépas.
     Placer le corps sur le côté droit, main gauche sur la cuisse gauche, main droite sous le menton, fermant la narine droite (position du "lion couché", posture de Bouddha lorsqu'il expira.
     Ne pas toucher du tout le corps pendant le processus de la mort et même après que la respiration se soit arrêtée. Lorsqu'on doit bouger le corps, toucher en premier lieu le sommet du crâne pour permettre à la conscience, si elle n'est pas déjà partie, de quitter le corps par sa partie supérieure.
     L'entourage doit faciliter le départ, en ne retenant pas le mourant par son désespoir qu'il met en sourdine. Il l'aide à "repérer" au cours de l'agonie les différents processus qui se déroulent dans son corps et à se concentrer sur un support de méditation (tantra). L'entourage l'aide, au moment même de la mort à sortir de son corps. Enfin, après le décès même, la lecture du Bardo Tho Drol (Livre des Morts Tibétains) peut être faite au chevet du mort afin de guider son principe conscient dans les différentes expériences psychiques qu'il traverse.
     Au moment de la mort, l'esprit est en proie à toutes sortes de phénomènes hallucinatoires. Le mourant vit une sorte de rêve, mais il prend pour réel ce qui lui apparaît et, le plus souvent, il en conçoit de la frayeur et de la souffrance. Les apparences qui se manifestent ne dépendent pas de ses croyances, mais de son karma, c'est-à-dire de la qualité positive ou négative des actes qu'il a accomplis. Même s'il ne croit pas que les enfers existent, s'il a commis des actes négatifs qui en engendrent la manifestation, son esprit produira, le moment venu des apparences trompeuses source d'immenses souffrances
    Rites des funérailles.
    Incinération
     Au Tibet, il n'est pas rare que le corps soit découpé en morceaux et jeté aux vautours. Les os vont à un autre type d'oiseaux, les Koho. Il peut aussi être enterré ou brûlé.
    Autopsie et prélèvements d'organes.
    Ne posent pas de problème.
    Où va l'âme après la mort ? Lama Mönlam, bouddhiste tibétain
    L'esprit ne meurt pas, il se réincarne. Pendant une quarantaine de jours après la mort, il est dans le «bardo», état intermédiaire entre la mort et la renaissance. Durant les trois premières semaines, l'esprit reste identifié au corps mental, celui qu'il vient de quitter. Avant la renaissance, il entrevoit ce qu'il revivra dans son nouveau corps. Juste après le décès, quand on quitte son corps, la vérité sur sa nature profonde apparaît. Sans un cheminement spirituel, cette nature profonde nous échappe. D'où l'importance de ce travail, pour éviter de retomber dans les mêmes ornières.
    Lien : 
    http://papidoc.chic-cm.fr/17ritesreligieux.html

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    Message  Arlitto Jeu 19 Nov 2020 - 7:46

    Élaboration de Dieu

    Rites et pratiques religieuses  Cr33

    Fresque de Michel-Ange sur la voûte de la chapelle Sixtine du Vatican à Rome (qui représente Dieu et la création d'Adam).


    Naissance des dieux

    Fait religieux

    Abordée au XIXe siècle, l'étude de l'évolution religieuse de l'humanité est un champ de recherches longtemps délaissé, victime d'une part de conceptions souvent « évolutionnistes » sous-tendant la démarche — présupposant un « sens » de l'histoire jalonné d'étapes précises, ou fondé sur l'idée de l'accomplissement d’une rationalité immanente — et, paradoxalement, victime de la spécialisation de la recherche au fil de l'accroissement de la connaissance des religions elles-mêmes. Certains grands noms de la sociologie des religions, parmi lesquels Émile Durkheim, Marcel Mauss, Georg Simmel et Max Weber, ont cependant jeté les bases de cette étude. Le sociologue des religions Yves Lambert, développant une grille d'analyse avancée par Karl Jaspers, a proposé la poursuite de cette approche par la sociologie historique et comparée des religions afin de présenter des clefs d'analyse pour l'appréhension du « fait » religieux, sans éluder la singularité de chacun des grands ensembles religieux. Jaspers a souligné la contemporanéité de changements radicaux intervenus à travers de grandes aires civilisationnelles — en Iran, en Palestine, en Grèce, en Inde ou en Chine — entre le VIIIe et le IIIe siècle av. J.-C. — particulièrement au VIe siècle av. J.-C. —, permettant l'apparition d'innovations culturelles fondamentales — parmi lesquelles l'unicité et l'universalité de Dieu — dans un processus qualifié par Jaspers de « période axiale ».

    Suivant Yves Lambert, une religion est à considérer comme une « organisation supposant l'existence d'une réalité supra-empirique avec laquelle il est possible de communiquer par des moyens symboliques (prière, rites, méditations, etc.) afin de procurer une maîtrise et un accomplissement dépassant les limites de la réalité objective ». Cinq types de religions peuvent être distingués, qui correspondent à autant de moments « nouveaux » de l'histoire humaine, sans qu'il faille y voir pour autant une forme « évolutive », les modèles émergents n'étant pas exclusifs des précédents : aux premières religions connues — celles des peuples de chasseurs-cueilleurs — succèdent les religions orales agraires corrélatives à la sédentarisation, au développement de l'agriculture et de l'élevage. L'apparition des grandes civilisations antiques s'accompagne de l'émergence des polythéismes après lesquels apparaissent les religions du salut et enfin la transformation de celles-ci à partir de l'époque moderne, au XVIe siècle. L'apparition du concept de « Dieu » s'opère à l'époque de l'« âge axial » qui, suivant Jaspers correspond à « la naissance spirituelle de l'homme ».

    Apparition des dieux
    La religion mésopotamienne se distingue des religions orales agraires par différentes caractéristiques telles que l'apparition d'un panthéon, d'épopées, d'une caste sacerdotale nombreuse et hiérarchisée, de grands édifices religieux, de théodicée, etc. La plus ancienne liste de dieux connue figure sur des tablettes datant du XXVIIe siècle av. J.-C. et compte les noms de 560 dieux.

    Les dieux locaux perdent peu à peu de leur prestige au fil de la domination étrangère pour constituer progressivement un « polythéisme au seuil du monothéisme ». C'est à cette époque, vers le VIe siècle av. J.-C. qu'apparaît au sein du peuple hébreu la mutation d'une monolâtrie — caractérisée par un aniconisme inédit — au monothéisme et qu'émergent « l'Unicité et la Transcendance absolues de Dieu ».

    Vers le(s) monothéisme(s)

    Rites et pratiques religieuses  21g0

    Bas-relief représentant (de droite à gauche) Akhénaton, Néfertiti et deux de leurs filles célébrant le culte d'Aton représenté sous la forme d'un disque solaire coiffé de l'uræus et d'où s'échappent des rayons solaires terminés par des mains, Amarna, XIVe siècle av. J.-C..

    Dès le XIVe siècle av. J.-C., le règne d'Akhénaton est le cadre d'une brève révolution monothéiste fondée sur le culte d'Aton dont la portée réelle est discutée. L'archéologue Alain Zivie souligne que les changements radicaux n'ont peut-être atteint que les élites, la cour royale et les grands temples, « avec de nettes limites géographiques aussi bien que thématiques et conceptuelles »[25]. Ce culte s'effondre dès la disparition de ce pharaon[26]. On a longtemps voulu y puiser l'origine du monothéisme biblique, ce qui est contesté par les historiens actuels : le monothéisme juif n'apparaît que huit siècles plus tard et ne revêt sa forme « exclusive » actuelle qu'au cours du VIe siècle av. J.-C.[28], au retour du peuple juif de l'exil de Babylone.

    Pour Mireille Hadas-Lebel, l'idée du Dieu unique, à la fois créateur, miséricordieux et tout-puissant, s'est faite au terme d'une lente évolution dans le cas du monothéisme juif, qui était au contact de cultures et d'empires polythéistes. Citant à ce propos Marcel Gauchet, l'historienne souligne la nécessité d'une « extraterritorialité » religieuse pour le peuple juif : celui-ci peut alors s'affranchir du pouvoir impérial et du « culte de souverains puissants aisément divinisés par leurs sujets ».

    Le monothéisme judaïque s'élabore dans un contexte plus propice à de telles idées : le roi babylonien Nabonide tente de faire du dieu lunaire Sîn le dieu unique de son empire, en Grèce, les présocratiques défendent l'unicité de la divinité contre le panthéon et les successeurs achéménides de Cyrus II le Grand — considéré lui-même comme un messie de YHWH — influencent le monothéisme judéen en faisant d'Ahura Mazdâ le dieu officiel de l'empire.
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    Message  Arlitto Jeu 19 Nov 2020 - 7:47

    Zoroastrisme


    Le zoroastrisme est la première religion attestée proposant un salut éternel. Également appelé « mazdéisme », elle doit son nom à Zoroastre ou Zarathustra, apparaissant probablement à une époque que les spécialistes contemporains situent - malgré le silence des textes sacrés à ce sujet - vers le IXe siècle, avant qu'elle devienne la religion officielle du royaume de Darius Ier, vers 520 av. J.C.. La minceur des sources conservées, composées à peine d'une vingtaine de Gathâs, des hymnes en vieil-avestique longtemps transmis oralement, pose des problèmes d'interprétations considérables qui partagent les chercheurs entre deux types d'interprétations.

    La première fait du zoroastrisme la première religion monothéiste faisant état d'un salut dans un autre monde. Ce point de vue se fonde sur deux observations, d'une part le rejet des daivas, les dieux traditionnels, et d'autre part l'omniprésence d'un seul dieu dans ces textes, une divinité unique dument nommée, Ahura Mazdâ, le Maitre attentif. Celui-ci, dont dérive le terme mazdéisme, est le dieu unique et créateur qui se révèle à Zoroastre et dont le règne doit s'établir à l'issue de la lutte dualiste entre le Bien et le Mal, personnifiés par deux agents divins jumeaux créés par Ahura Mazda qui est assisté par six « Immortels bienfaisants », six Entités qu'il a suscitées pour aider l'homme à faire le bien.

    La seconde y voit le fruit de l'évolution religieuse d'un culte assez proche du védisme, en réformant les dérives ritualistes et sacrificielles mais conservant sa nature polythéiste ; toutefois, cette dernière position peut admettre un processus de monothéisation allant de pair avec un processus de théogenèse qui continue de peupler le panthéon de divinités nouvelles.

    Si Zoroastre a pu être monothéiste — ou monolâtre —, il apparaît que ses héritiers inclinent vers une re-polythéisation, divinisant les Entités et réintroduisant des divinités antérieures dans une évolution qui peut faire penser à l'Égypte et diverge radicalement de celle du yahwisme judaïque. Cette tendance s'accentue au sein de l'empire perse, dans un processus de re-mythologisation qui conserve et accentue le dualisme. L'influence du zoroastrisme est débattue mais il est possible qu'elle ait existé dans une certaine mesure sur le judaïsme à partir de la libération des Israélites de Babylone par Cyrus II en 539 av. J.C., à une époque où apparaissent les notions de résurrection, de jugement et de royaume de Dieu, sans qu'on puisse toutefois prouver formellement ces possibles emprunts.

    Du Dieu national au Dieu exclusif
    Quand un monothéisme accepte la coexistence avec le polythéisme ou conçoit sa divinité « nationale » comme simplement « supérieure » à d'autres, on parle plutôt de « monolâtrie » ou d'« hénothéisme », termes de création récente.

    Dans le judaïsme antique, si un premier yahvisme monôlatrique remonte probablement à la sortie d'Égypte, on ignore comment le dieu Yahvé devient précisément le dieu national des deux royaumes de Juda et d'Israël. Yahvé revêt alors de multiples formes, fonctions et attributs : il est vénéré comme une divinité de l'orage à travers une statue bovine dans les temples de Béthel et de Samarie alors qu'à Jérusalem, il est plutôt vénéré comme un dieu de type solaire.

    Le Deutéronome — proposant toujours une formulation monolâtrique qui ne nie pas encore les autres dieux — semble avoir été écrit vers 622 av. J.-C. quand le roi Josias entend faire de YHWH le seul Dieu de Juda et empêcher qu'il ne soit vénéré sous différentes manifestations comme cela semble être le cas à Samarie ou à Teman, dans l'idée de faire de Jérusalem le seul lieu saint légitime de la divinité nationale.

    L'émergence du monothéisme judaïque « exclusif » est liée à la crise de l'Exil. En 597 av. J.-C., l'armée babylonienne défait le royaume de Juda, l'occupe et déporte en exil à Babylone la famille royale et les classes supérieures. Dix ans plus tard, les Babyloniens ruinent Jérusalem et détruisent son Temple ; s'ensuit alors une deuxième déportation. C'est au sein de cette élite déportée et de sa descendance que l'on trouve la plupart des rédacteurs des textes vétérotestamentaires qui vont apporter la réponse du monothéisme au terrible choc et la profonde remise en question de la religion officielle engendrés par cette succession de catastrophes.

    Non seulement la défaite n'est pas due à l'abandon par YHWH, mais c'est au contraire l'occasion de le présenter comme seul et unique Dieu : dans les récits que les intellectuels judéens écrivent alors, la destruction de Jérusalem, loin d'être un signe de faiblesse de YHWH, montre la puissance de celui qui a instrumentalisé les Babyloniens pour punir ses rois et son peuple qui n'ont pas respecté ses commandements. YHWH devient dès lors, au-delà de son peuple, le maître des ennemis de Juda.

    Ainsi les rédacteurs du Deutéronome articulent leur réflexion théologique sur le thème de l’« élection » qui permet de répondre à la question que pose la conception d'un dieu unique de l'univers entier et de sa relation spéciale avec le peuple d'Israël : c'est alors tout le peuple — se substituant au roi — qui devient l'élu de Dieu sur un mode d'exclusion, interdisant parfois le contact avec les peuples idolâtres. Le concept de « communauté d'Israël » apparait alors et le culte de YHWH devient le ciment de l'identité judéenne].

    Dieu premier des philosophes grecs
    Suivant Wilfred Monod, « le Dieu des philosophes grecs ne prétend pas rendre raison de l'origine de l'Univers, mais seulement de l'ordre et de la hiérarchie qui s'y découvrent, au-dessus des choses soumises à la génération et à la corruption ».

    La philosophie antique, si elle a largement influencé les réflexions classiques et modernes sur Dieu, ne s'est paradoxalement qu'assez peu intéressée aux questions divines, considérant que le nombre important de dieux — les Grecs nourrissent le sentiment d'un monde tout entier habité par le divin — ne méritait pas un chapitre singulier de la philosophie. Par exemple, dans l'œuvre d'Aristote, qui alimente de manière considérable les réflexions théologiques tant juives que chrétiennes ou musulmanes[60], seule une portion ténue est consacrée à la question du divin. Ainsi, contrairement à la plupart des lectures rétrospectives qui en seront faites, lorsque Aristote évoque le divin (to théon), il s'agit d'un « universel abstrait », un être primordial, autosuffisant mais qui n'est nullement un « Dieu » unique et transcendant au monde.

    Ce n'est qu'au IIIe siècle, avec le néoplatonisme, lorsqu'une concurrence intellectuelle et morale se produit avec le christianisme émergent, que des philosophes comme Plotin, Porphyre ou Proclus font des questions théologiques l'objet principal de leur réflexion intellectuelle. Plotin (207-270) promeut l'idée du « Un » (en grec : to en), un principe premier transcendant qui domine la réalité et qui n'est connaissable qu'au travers de ses attributs.

    Dieu unique
    Les religions abrahamiques voient Dieu comme le principe créateur, selon l'analyse de Mireille Hadas-Lebel : « Chez les Grecs, l’idée d’un principe unique qui anime le monde relevait de la philosophie. Chez les Juifs, il n’y avait peut-être pas de philosophes, mais cette idée de principe unique, cette intuition que l’on appelle monothéisme, était commune à tous, du plus grand au plus humble, et s’accompagnait de l’interdit de la représentation de la divinité, ce qui, dans un environnement idolâtre, paraissait la chose la plus étrange du monde.

    Ce Dieu n’était cependant pas un principe abstrait, mais une force tutélaire : roi, père, juge qui veillait sur les Hommes et exigeait d’eux un comportement moral dont aucune divinité de l’Olympe ni de l’Orient antique ne pouvait donner l’exemple. Tel est le Dieu que prient encore aujourd’hui les Juifs. »

    Dieu d'Israël
    Il se peut que le culte de YHWH ait été prédominant parmi les Hébreux dès le Xe siècle av. J.-C., opposé à un polythéisme dès lors minoritaire. Cette hypothèse se fonde notamment sur l'étude statistique des occurrences des noms yahvistes. Toutefois, suivant une partie de l'exégèse moderne du début du XXIe siècle, l'idée de YHWH comme étant le Dieu unique apparaît pendant la période perse à la suite d'une réflexion monothéiste qui aboutit à l'affirmation — dans une polémique anti-idolâtrique — de cette unicité que l'on retrouve dans le Livre d'Isaïe rédigé dans une période comprise entre la moitié du VIe et le début du Ve siècle av. J.-C., le seul parmi les livres prophétiques bibliques à affirmer cette unicité. Probablement influencée par les conceptions religieuses des Achéménides, cette conception devrait également beaucoup à l'approfondissement de la tradition aniconique, le rejet des images étant un trait fondamental du judaïsme qui semble remonter aux origines de celui-ci.
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    Message  Arlitto Jeu 19 Nov 2020 - 7:47

    Dieu trinitaire

    Rites et pratiques religieuses  Czmm
    Retable de la Trinté Bartolo di Fredi 1397


    Le christianisme va devoir faire face à des questions soulevées par le fait que Jésus-Christ, fils de Dieu s'est fait homme. Au IIe et au IIIe siècle plusieurs conceptions vont s'affronter : certains considèrent que Jésus est un homme adopté par Dieu, d'autres que Jésus n'a pas réellement souffert, les ariens considèrent que seul le Père est vraiment ancré et que Jésus ne lui est que subordonné, enfin d'autres, les nicéens, considèrent comme cela sera affirmé dans le Credo adopté lors du concile de Nicée de 325 que « Jésus Christ est le Fils unique de Dieu », « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, engendrée et non pas créée, consubstantiel au Père » (ce terme consubstantiel vient d'un mot grec qui veut dire essence ou substance)[83]. Néanmoins la querelle continue ce qui amène les pères cappadociens Basile de Césarée, Grégoire de Nysse et Grégoire de Naziance à élaborer la théologie de la Trinité qui veut qu'il y ait un Dieu en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit pour reprendre la traduction qu'Augustin d'Hippone a fait du grec. Cette théologie sera adoptée par le concile de Constantinople en 381. Actuellement le Credo de Nicée-Constatinople est considéré par les catholiques, une majorité de protestants et les orthodoxes (avec des réserves sur le Saint-Esprit) comme un des fondements du christianisme.

    Quelques années plus tard, entre 400 et 418, Augustin d'Hippone écrit un livre intitulé De la Trinité qui marque le christianisme latin et qui insiste sur l'unité de la trinité « Unitas Trinitas, Deus Trinitas, Deus Trinitatis ». Par ailleurs, pour Augustin, le mystère de la Trinité est au-de là de ce qu'on peut en dire.. Malgré tout la position nicéenne a du mal à s'imposer. Vers 500, à la suite notamment des invasions menées par des peuples professant l'arianisme, seul le royaume franc de Clovis et de Clotilde (465-545) professe le christianisme nicéen[86]. C'est à partir de cette base que le Credo de Nicée-Constantinople gagne l'Europe occidentale au Moyen Âge.

    Dans l'iconographie chrétienne ou la peinture d'inspiration chrétienne, il arrive qu'une Colombe représentant le Saint-Esprit fasse le pont entre le Dieu le Père et Dieu le Fils. D'une façon générale, François Bœspflug distingue « six grandes périodes dans l'histoire iconique de Dieu et de la Trinité dans l'art ». La première période, celle du christianisme des deux premiers siècles semble se refuser à la représentation de Dieu. Durant la seconde qui court jusqu'à à la fin du VIIIe siècle, le mystère trinitaire est peu représenté. La troisième période (du IXe siècle au XIe siècle est dominée par l'image « d'un Dieu-Christ siégeant en majesté ». La quatrième période voit l'apparition à côté du Dieu-Christ de gloire d'un « Christ de pitié ». Durant la cinquième période, des motifs nouveaux apparaissent tels que la « compassion du Père ou [le] couronnement de la Vierge » La sixième période voit le déclin de la représentation trinitaire qui disparait pratiquement au XXe siècle[89] au profit du Christ seul.

    À partir des années 1930, Robert Eisler développe la thèse selon laquelle « Jésus aurait été un révolutionnaire politique d'empreinte apocalytique ». Cette thése sera complétée en 1967 par celle de Samuel Brandon qui voit Jésus comme un zélote, c'est-à-dire comme un membre d'un mouvement à la fois opposé à la culture hellénistique (grecque) et recourant à la violence politique. Ces thèses seront reprises à la fin des années 1960 et au début des années 1970 par des mouvements que le théologien Joseph Ratzinger qualifie de théologies de la révolution, peut-être pense-t-il à la théologie de la libération. Pour Joseph Ratzinger (théologien, cardinal, puis pape émérite), cette thèse est erronée. En effet, pour lui, Jésus n'était pas un zélote car d'une part, il ne prêchait pas la violence et « a transformé en zèle de la Croix le "zèle" qui voulait servir Dieu par la violence » et d'autre part, sa pensée universaliste ne s'opposait pas à la culture gréco-latine.
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    Message  Arlitto Jeu 19 Nov 2020 - 7:48

    Islam

    Calligraphie du nom d'Allah en arabe. Se lit de droite à gauche.
    Rites et pratiques religieuses  Qe0i

    Calligraphie du nom d'Allah en arabe.
    Se lit de droite à gauche.

    Dans l'islam, Dieu porte le nom d'Allah et constitue le cœur de la foi et de la pratique des croyants musulmans dont chaque aspect de la vie lui est ainsi relié à travers la religion. Traditionnellement dépourvu de genre, c'est un créateur omnipotent, omniscient et omniprésent qui transcende toute sa création. Divinité centrale d'un monothéisme intégral et intransigeant, un et unique, maître des mondes et des destinées, juge du Jugement dernier, il s'est révélé à chaque prophète depuis Adam jusqu'à Mahomet. La sourate 112 — al-ikhlas — rassemble l'essentiel de la conception musulmane de Dieu : « Lui est Allah un, Allah l'impénétrable, Il n'engendre pas, il n'est pas engendré, et nul n'est égal à Lui ». Le Coran affirme également le caractère absolument transcendant de Dieu qui est pourtant tout à la fois d'une grande proximité avec l'homme et sa création dans et par laquelle il se manifeste.

    De nature indivisible, insécable, irréductible à une interprétation en termes de trinité à l'instar du christianisme trinitaire, Allah constitue une monade, seule vérité et seule réalité. L'islam insiste très fortement sur la foi en l'unicité d'Allah — le tawhid — et condamne vivement toute atteinte à cette unicité en lui adjoignant des associés. Ainsi, dans l'islam, l'associationnisme (shirk) est la seule faute catégoriquement impardonnable.

    Allah mène les hommes dans une destinée dont ils ignorent et le sens et l'issue ; il peut à la fois les guider et les égarer, les punir et les pardonner. Connaissant leurs moindres pensées, c'est le juge du Jugement dernier qui châtie les pécheurs et les incrédules et récompense les fidèles. Si sa fureur est régulièrement affirmée — il est parfois surnommé « le Terrible » ou « le Redoutable » — sa dimension la plus importante est la miséricorde dont il fait preuve, un trait caractéristique d'une grande intensité et universelle qui est rappelée au début de chaque sourate du Coran.

    Le texte coranique donne 99 noms différents à Dieu qui sont parfois répartis en deux catégories par la tradition entre ceux qui décrivent un Dieu proche de l'homme ou de la création et, d'autre part, ceux qui soulignent sa transcendance et son incompatibilité avec cette création.

    Le Coran rapporte en outre des descriptions ou attributs anthropomorphiques de Dieu dont la portée sera disputée dès le début de l'islam : le Coran mentionne sa face, ses yeux, ses mains ou encore le trône sur lequel il siège. Pour la révélation du texte sacré de l'islam, Dieu s'exprime à travers l'ange Gabriel et le prophète Mahomet qui entend la parole divine mais pas sa voix. Dès le Xe siècle, le théologien sunnite Al Ash'ari considère qu'avec la puissance, la science, la vie, la volonté, la vue, l'ouïe et la durée, cette parole fait partie des éléments anthropomorphiques attributs de l'essence divine là où les premiers mutazilites ne voyaient que des métaphores. À la fois proche et lointain, humain et impénétrable, le Dieu de l'islam est — suivant le texte coranique — essentiellement un « mystère » (« ghayb ») qui ne saurait être ramené ou comparé à rien de semblable dans la création. C'est la « matrice exclusive de tous les univers » qui enjoint aux croyants, à travers Mahomet, de concentrer sur l'unicité de Dieu dans une affirmation qui devient le dogme fondamental de l’islam.
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    Message  Arlitto Jeu 19 Nov 2020 - 7:48

    Dieu en Asie


    Bouddhisme

    Gautama Bouddha a rejeté l'existence d'un dieu créateur, a refusé d'approuver de nombreux points de vue sur la création, et a déclaré que les questions sur l'origine du monde ne sont pas en fin de compte utiles pour mettre fin à la souffrance.

    Sikhisme
    Rites et pratiques religieuses  Eanu
    La Mul Mantra, en écriture gurmukhî

    Inspirée entre autres des traditions religieuses hindoue et islamique, le sikhisme connaît lui aussi un Dieu « strictement monothéiste ». Pour cette religion, le Dieu unique est créateur du monde, tout puissant, transcendant et immanent, infini et éternel, sans forme, juste et plein d'amour. Être personnel, il est inconnaissable dans son essence.

    La Mul Mantra, qui débute le Livre saint du sikhisme, le Guru Granth Sahib, énumère en une formule les attributs de la Divinité. Cette prière commence ainsi: « Une, Énergie créatrice, Manifestée, Vérité est son nom... ».


    Dieu et les attitudes spirituelles

    Dieu des mystiques

    Le mysticisme - qui dérive du grec mystikos signifiant « caché » - postule que l'on peut acquérir une connaissance de réalités qui ne sont pas accessibles à la perception sensorielle ou à la pensée rationnelle. C'est un phénomène que l'on retrouve dans de nombreuses cultures, généralement associé à une tradition religieuse, caractérisé par une recherche de l'invisible et le témoignage de la présence de l'Absolu - Dieu ou divinité -, dont la révélation finale se fait au terme de dévoilements successifs. L'expérience mystique - caractérisée par le profond impact émotionnel éprouvé par celui qui l'expérimente - est généralement le résultat d'un entraînement spirituel impliquant une combinaison de prières, de méditation, de jeûne, de discipline corporelle et de renoncement aux préoccupations terrestres.

    Dans les monothéismes abrahamistes - à la différence du bouddhisme et certaines variétés de l'hindouisme où il n'y a pas à proprement parler de figure divine personnifiée - les mystiques décrivent l'expérience mystique comme accordée par Dieu lui-même dont ils affirment souvent ressentir la proximité au cours de celle-ci. Mais l'extase peut également révéler des éléments théologiques plus précis, comme chez certains mystiques chrétiens, une vision de la Trinité. La mystique propose une lecture intériorisée de l'indicible et exprime souvent Dieu en termes de négation : Dieu n'est pas dans le sens où les créatures sont et le seul moyen de s'approcher de son infinie transcendance est, dans un premier temps, d'éprouver ce qu'il n'est pas. La révélation du Dieu invisible nécessite le recours aux images, à un langage métaphorique souvent proche de la poésie, éloigné des spéculations théologiques, et dont la lumière est un élément récurrent. On la retrouve par exemple dans le Sefer HaBahir - le Livre de la Clarté - un texte de la Kabbale du XIIe siècle mais aussi, vers la même époque, chez le grand maître du soufisme Ibn Arabi, dans Tardjumân al-ashwâq - L’interprète des désirs ardents .

    •Pour les mystiques juifs, voir notamment Gershom Scholem, Les grands courants de la mystique juive, éd. Payot, 2002
    •Pour les mystiques chrétiens, voir notamment Charles André Bernard, Le Dieu des mystiques : Mystique et action.

    .
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    Message  Arlitto Jeu 19 Nov 2020 - 7:49

    Dieu du déisme


    Le déisme — forgé sur le terme latin deus — désigne l'affirmation rationnelle de l'existence de Dieu, proposant une forme religieuse conforme à la raison, exclusive des religions révélées, proposant d'arriver à Dieu par des voies exclusivement humaines, sans pour autant pouvoir en déterminer les attributs.

    C'est un Dieu du raisonnement plutôt qu'un Dieu de foi ou de culte, bien que Kant ait proposé « culte de Dieu » ramené à la pratique morale « en esprit et en vérité ».

    Le concept se développe essentiellement en Angleterre et en France à partir du XVIIe siècle, mais est difficile d'accès et ambigu, car il réfère à plusieurs systèmes distincts. On ne l'utilise plus guère en dehors de ses applications historiques.

    À l'instar du terme « théisme » dont il est assez proche, le mot apparaît en France dans les violentes luttes théologiques et religieuses du XVIe siècle dans un usage péjoratif cherchant à discréditer l'adversaire. Il apparait en relation avec les antitrinitaires sociniens et est attesté pour la première fois sous la plume du pasteur Pierre Viret en 1534 qui y voit des blasphémateurs, des « athéistes » qui s'ignorent. À partir du XVIIe siècle, lorsque, sous l'influence de la science nouvelle et de l'émergence de nouvelles manières de penser, la perception du concept de nature — fondamentale en théologie et en philosophie — se modifie, le déisme évolue vers une forme de religion naturelle.

    Pour leurs critiques apologètes chrétiens, les déistes, prétendant arriver à Dieu sans l'aide de Dieu, en se passant de la Révélation, sont impies et pécheurs. Les déistes ne forment cependant pas un groupe homogène et il existe une grande variété de positions, suivant les auteurs déistes, par rapport à ce qui a trait tant à la nature de Dieu, qu'à la providence ou encore à l'immortalité de l'âme. John Locke développe ainsi un « christianisme raisonnable », tandis que Spinoza est classé ou non, selon les époques, dans leurs rangs. La question centrale est, plutôt que celle de l'existence de Dieu, celle de sa Révélation que les déistes rejettent avec l'immortalité de l'âme, à la différence des théistes.

    Le XVIIIe siècle voit l'apparition d'une nouvelle logique des questions philosophiques, qui amène à l'effacement de Dieu comme le personnage central autour duquel s'articule la métaphysique : la question de son existence et de sa nature est désormais disputée, passant du stade de vérité première à celui d'hypothèse bientôt dispensable. Rousseau, suivant lequel la nature est plus éloquente sur Dieu que les subtilités scolastiques, propose le Dieu de la foi déiste comme volontaire et intelligent, mouvant l'univers et animant la nature, tandis que l'homme est libre dans ses actions et doté d'une âme immatérielle. À la différence de Kant, il associe la nature à l'ordre divin, tandis que ce dernier établit une différence ontologique entre les deux. Pour Kant, le déisme envisage Dieu comme la « cause du monde », un principe régulateur qui ne peut satisfaire complètement les attentes de l'homme ; pour le philosophe, le déisme « recourt à Dieu pour penser la science en tant qu'elle progresse ». Plus tôt, Voltaire, admirateur de Newton et de sa mécanique rationnelle du monde, voit en Dieu l'« horloger de l'Univers » et tourne la providence en dérision.

    La difficulté de donner des contours clairs au concept de Dieu et la fragilité et l’ambiguïté de celui-ci dans le déisme ont empêché ce dernier d'avoir une postérité réellement significative en tant que courant religieux. « Effort pour penser sans préjugé et sans dogmatisme le concept de Dieu », des éléments du déisme peuvent cependant être reconnus dans le cadre du renouveau de la théologie naturelle depuis la fin du XXe siècle. Certaines enquêtes montrent d'ailleurs qu'en France, la religion naturelle est une option philosophique — souvent inconsciente — de certains croyants non pratiquants qui envisagent Dieu comme le créateur et le gouverneur du monde, jugeant les individus sur leur conduite morale et rétribuant les mérites, dans une attitude assez proche du déisme.
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    Message  Arlitto Jeu 19 Nov 2020 - 7:49

    Athéisme

    En grec ancien, l’adjectif atheos (ἄθεος) composé du mot θεός (dieu) précédé d'un « ἀ- » privatif, signifie « sans-dieu ». La constitution étymologique des mots « athéisme » et « athée » n'est pas sans poser de problème chez les auteurs qui traitent de ce sujet : le « a- » privatif peut être compris de différentes manières, exprimant parfois la négation — l'affirmation que Dieu n'existe pas — parfois la privation — l'accusation de méconnaitre la divinité ou les divinités comme il le faudrait, ainsi que dans l'antiquité gréco-romaine, les Romains en faisaient le reproche aux chrétiens, puis, au Moyen Âge, les courants orthodoxes contre les christianismes hétérodoxes. Ainsi, cette terminologie relativement pauvre pour définir un phénomène complexe est restée longtemps négative, les termes même enfermant les athées « dans la catégorie négative des négatifs négateurs ». Il existe ainsi différents athéismes, variés « dans leurs expressions et dans leurs fondements ».

    Dans l'antiquité grecque, le préfixe « a » indique une absence de dieu revendiquée dès le Ve siècle av. J.-C. et prend le sens de « rompre la relation avec les dieux » ou « nier les dieux » à la place de l’ancien sens asebēs (en grec : ἀσεβής), « impie ». Cette notion — qui suppose l'idée de divinité donc probablement postérieure aux religions, mais antérieure aux trois monothéismes — est présente chez les atomistes grecs — au rang desquels on compte Démocrite et Épicure — mais aussi chez les Indiens dès le VIe siècle av. J.-C. avec les Charvakas. Mais il s'agit souvent davantage d'un type d'agnosticisme, voire de laïcité dont la portée est débattue par les chercheurs. On peut identifier un penseur réellement irréligieux avec le poète et philosophe romain Lucrèce qui, prolongeant Épicure, explique au Ier siècle av. J.-C. que l'homme invente des dieux pour expliquer ce qu'il ne comprend pas.

    On peut distinguer l’« athéisme pratique » consistant à vivre comme s'il n'y avait pas de dieu — ce qui n'empêche pas par ailleurs de se déclarer croyant, indifférent ou incroyant — et l'« athéisme théorique » qui se fonde sur des spéculations philosophiques, morales ou scientifiques.

    Ce dernier processus a pris du temps et les bases de l'athéisme moderne puis contemporain se posent au cours des XVIe et XVIIe siècle. On trouve notamment chez Baruch Spinoza (1632-1677) — qui ne se dit pas athée — une résurgence de l'inspiration critique et rationaliste de l'Antiquité : celui-ci identifie Dieu et la nature (Deus sive natura, « Dieu ou la nature ») ce d'où découle un naturalisme (la nature est tout, le surnaturel n'existant pas) ou un panthéisme (Dieu est tout), qui sera d'ailleurs longtemps confondu avec l'athéisme. À partir du XVIIIe siècle, l'athéisme — même très minoritaire — se structure autour du refus radical de toute transcendance, de tout surnaturel et même de toute foi. D'Holbach (1723-1789) est ainsi l'auteur d'une œuvre philosophique profondément anticléricale et athée que précède une œuvre radicale mais longtemps peu connue, celle du curé Jean Meslier (1664-1729). Les arguments relèvent essentiellement de la notion de nature — qui n'obéirait qu'à ses propres lois et non à un créateur imaginaire — et à celle de matière, présentée comme éternelle dotée de son énergie propre. La réflexion porte également sur la notion de mal qui contredit l'existence d'un Dieu bon et omnipotent, un Dieu dont par ailleurs l'adoration et le service s'opposent à la liberté et à la dignité humaines.

    Cette base humaniste de l'athéisme s'épanouit au cours du XIXe siècle — essentiellement dans le monde germanique — et celui-ci cesse d'être une exception philosophique, dans le sillage du philosophe hégélien Ludwig Feuerbach (1804-1872) qui publie en 1841 l’Essence du christianisme. Selon lui, le divin n'est que l'essence de l'homme objectivée et hypostasiée ; « l'homme a créé Dieu à son image » et en toute religion, c'est donc l'homme qu'on adore. L'athéisme devient une « religion de l'homme », postulant Homo homini deus (« L'homme est un dieu pour l'homme »). Karl Marx poursuit la démarche humaniste de Feuerbach mais en conteste bientôt la dimension religieuse en soulignant sa dimension politique, arguant que « l'essence humaine (…) dans sa réalité effective, (…) est l'ensemble des rapports sociaux » et non « une abstraction inhérente à l'individu isolé », ajoutant que tout élément poussant au mysticisme devrait trouver « [sa] solution rationnelle dans la pratique humaine ». Chez Marx, pour lequel critique de la religion et de la société vont de pair, il ne convient plus d'interpréter différemment le monde mais de le changer.

    Un peu plus tard, Friedrich Nietzsche (1844-1900) — qui déteste le socialisme dont il considère qu'il prolonge le christianisme — confère une radicalité nouvelle à l'athéisme en développant le thème de la « mort de Dieu ». Il explique que l'homme cherche un principe au nom duquel mépriser l'homme, et s'invente un monde imaginaire qui lui permet de calomnier ce monde-ci, ne saisissant qu'un néant dont il fait un Dieu, dans lequel la religion projette toutes les valeurs, dévalorisant de ce fait le monde réel.

    L'athéisme trouve une dimension supplémentaire avec les travaux de Sigmund Freud (1856-1939), notamment dans son ouvrage L'avenir d'une illusion, publié en 1927. Celui qui considère la foi comme un symptôme exprimant la détresse, voit en Dieu un « père transfiguré » — meilleur et plus puissant que l'autre — et en la religion une « névrose obsessionnelle universelle », qui, si elle est souvent utile tant pour l'humanité que pour l'individu, n'en demeure pas moins une illusion : croire en Dieu, c'est prendre ses désirs pour des réalités.

    New Age

    Un trait commun aux divers courants du New Age est le rejet du dualisme au profit d'une recherche de l'harmonie. Ainsi les adeptes n'opposent pas la matière à l'esprit ou le visible à l'invisible et considèrent que l'ensemble de l'univers est constitué de la même essence divine. Selon ce mouvement, il n'y a pas de véritable séparation entre la Création et son Créateur, dans une approche qui ne correspond pas avec celle du Dieu personnel et transcendant des monothéismes : au contraire, cette vision immanente de la divinité se rapproche des conceptions panthéistes. Ainsi, pour certaines franges du New Age « Dieu est en tout et tout est en Dieu » ; Dieu s'apparente alors à un « Grand Être universel » qui n'appartient à aucune religion et qui vibre au plus profond des êtres, le salut passant essentiellement par la transformation de soi.
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    Message  Arlitto Jeu 2 Mar 2023 - 18:36

    Philosophie



    Points de vue

    Les représentations des dieux, sinon leur existence, ont été très tôt critiquées par les philosophes : « Les Éthiopiens disent que leurs dieux ont le nez camus et le teint foncé, les Thraces voient leurs dieux avec des yeux clairs et une chevelure rousse » ; « C'est d'abord sur terre la crainte qui a créé les dieux ». Les thèses chrétiennes pour critiquer les « faux dieux » païens (sont-ils des personnifications de phénomènes naturels, des grands hommes divinisés, ont-ils des origines linguistiques, etc. ?) se sont appliquées au monothéisme à partir du XVIIIe siècle.

    Les philosophes ont conçu la divinité de manières très diverses. Chez certains, le polythéisme n'exclut pas un principe divin suprême à l'instar du logos ou « raison immanente de l'univers » chez les stoïciens, mais il s'agit davantage de principe premier plutôt que de principe unique[58] dans un monde pour lequel, comme le rappelle Platon, « tout est plein de dieux ». Platon voyait une divinité « bonne » et unique comme une cause première, créatrice ou démiurgeassistée de dieux subalternes, ordonnateur d'une matière qu'il n'a pas créée, et Aristote comme la fin de toutes choses. Descartes le voit comme transcendant infiniment le monde qu'il a créé, Spinoza le pense immanent, une tradition néo-platonicienne avance que Dieu n'est pas car il est au-delà de l’Être (théologie négative), etc..

    Dans le Vocabulaire technique et critique de la philosophie[, sous la direction d'André Lalande, Dieu est analysé suivant deux axes principaux :

    •Dieu considéré comme un principe explicatif : •Au point de vue ontologique : principe unique et suprême de l'existence et de l'activité universelle, résumé par la phrase « Dieu est l'être des êtres, la cause des causes, la Fin des fins : voilà comment il est le véritable absolu ».

    •Au point de vue logique : principe suprême de l'ordre dans le monde, de la raison dans l'homme et de la correspondance entre la pensée et les choses.

    •Dieu considéré comme un être actif : •Au point de vue physique : être personnel, supérieur à l'humanité, qui donne des ordres et fait des promesses, auquel on adresse des prières et qui les exauce s'il le juge bon. Généralement allié et protecteur d'un groupe social, il peut être un dieu parmi d'autres avec lesquels il entre en conflit, dans la mythologie.

    •Au point de vue moral : être personnel tel qu'il soit, par son intelligence et sa volonté, le principe suprême et la garantie de la moralité.


    Kant est alors un exemple d'une vision de Dieu principalement comme principe explicatif : Dieu existe comme « Idéal de la Raison pure ». La définition de Dieu par Descartes, « Dieu est l'être parfait », malgré son équivoque peut être comprise comme une identification de l'ordre ontologique et de l'ordre moral. La monadologie de Leibnitz est un effort de synthèse de toutes ces facettes.

    Arguments sur l'existence de Dieu

    Au cours de l'histoire de la philosophie de nombreux arguments ont été fournis en faveur et en défaveur de l'existence de Dieu ou de la croyance en cette existence. Les arguments sur l'existence même de Dieu peuvent être des arguments métaphysiques ou empiriques, ceux portant sur la croyance en Dieu sont dits arguments épistémiques.

    De nombreuses positions existent aussi bien chez les défenseurs de l'existence de Dieu que chez leurs adversaires. On peut les regrouper et distinguer schématiquement les grandes positions suivantes :

    •L'athéisme fort « Dieu n'existe pas »
    •L'athéisme faible « Il est presque certain que Dieu n'existe pas »
    •L'agnosticisme « on ne peut pas savoir si Dieu existe »
    •Le théisme faible « Dieu existe, mais cela ne peut être prouvé ni réfuté » (L'« existence » qui suppose une insertion dans l'immanence n'appartient pas aux attributs de Dieu).
    •Le théisme fort « Dieu existe, et cela peut être prouvé »

    Une discussion détaillée des arguments soutenant ces différentes positions se trouve dans l'article arguments sur l'existence de Dieu. Voici une présentation volontairement limitée des principaux arguments en faveur de l'existence de Dieu et de leur réfutation par Emmanuel Kant.

    Arguments classiques en faveur de l'existence de Dieu

    Trois arguments classiques sont a posteriori : partant de l'expérience prise comme conséquence pour remonter à son principe.

    •L'argument ontologique a notamment été formulé par Saint Anselme, Descartes, et réécrit par Gödel, il se présente sous la forme générale du syllogisme suivant : 1.Dieu est un être parfait.
    2.L'existence est une perfection.
    3.Dieu a pour propriété l'existence

    •L'argument cosmologique. Proposé par Aristote, et surtout réutilisé par les théologiens chrétiens, il peut se présenter ainsi : 1.Si l'univers est compréhensible, alors tout a une cause, la cause a elle-même une cause et ainsi de suite.
    2.Or, si la suite est infinie alors l'univers n'est pas compréhensible (ce qui viole la première prémisse)
    3.Donc la suite n'est pas infinie. Il existe une cause ultime ou cause première qui n'est causée par rien et que l'on peut appeler Dieu.

    •L'argument téléologique peut se formuler sous la forme du syllogisme suivant : 1.Il existe de l'ordre dans la nature
    2.Or la matière ne produit pas spontanément de l'ordre
    3.Donc la cause de l'ordre de la nature est intentionnelle

    Ces trois arguments sont, comme tous les autres, l'objet d'une vive controverse depuis leur premier énoncé, et de l'avis de la majeure partie des commentateurs aucun ne peut emporter l'adhésion à lui seul. Pascal qui n'acceptait comme arguments en faveur de l'existence de Dieu que les prophéties et les miracles (le pari pascalien n'étant pas présenté comme une preuve), en parle en ces termes : « Les preuves de Dieu métaphysiques sont si éloignées du raisonnement des hommes et si compliquées, qu’elles frappent peu, et quand cela servirait à quelques-uns, cela ne servirait que pendant l’instant qu’ils voient cette démonstration, mais une heure après, ils craignent de s’être trompés ».

    Anselme de Cantorbéry, le premier proposa un argument a priori : l'idée de Dieu, et ses conséquences, rend nécessaire l'existence de Dieu sans qui il ne saurait y avoir d'idée de Dieu. Cet argument se retrouve aussi chez Descartes et Leibniz.

    Kant (dans Critique de la raison pratique) et Nédoncelle ont développé des preuves, dites morales, où l'existence de Dieu est seule capable d'expliquer la conscience morale, chez le premier, ou l'ordre des personnes humaines, chez le second.

    Position des grandes religions

    L'Église catholique depuis l'encyclique Æterni Patris (1879) réaffirme la validité des Quinquae viae, les Cinq preuves de Thomas d'Aquin qui utilisent l'argument cosmologique et l'appel au dessein. Ce point de doctrine a été rappelé par le pape Jean-Paul II dans l'encyclique Fides et Ratio et plusieurs déclarations.

    Dans le judaïsme, la question ne se pose pas, non par tabou mais du fait même de la conception de la transcendance : Dieu dépasse totalement l'entendement humain. Vouloir cerner son concept de manière analytique est voué à l'échec par sa nature même. Certains auteurs juifs n'hésitent pas à nier toute possibilité de « parler » de Dieu.

    Critique de Kant

    Au livre II de la Critique de la raison pure, Emmanuel Kant montre que l'argument cosmologique et l'argument téléologique (qu'il nomme argument physico-théologique) se fondent sur l'argument ontologique. En effet, après avoir observé la contingence du monde, l'argument cosmologique doit poser l'existence d'un être nécessaire ; il est alors obligé de recourir à l'argument ontologique, qui déduit du concept de Dieu qu'il existe. Quant à l'argument physico-théologique, à partir de l'observation de fins dans la nature, il en conclut qu'il a fallu un créateur pour que le monde existe (argument cosmologique), et que ce créateur doit exister nécessairement (argument ontologique).

    Si l'argument ontologique est réfuté, l'argument cosmologique et l'argument téléologique tombent avec d'après Kant. Kant propose donc une réfutation de l'argument ontologique dans l'espoir de ruiner toutes preuves de l'existence de Dieu. Pour Kant, l'existence n'est pas une propriété intrinsèque, on ne peut pas légitimement dire que l'existence appartienne au concept de Dieu : c'est confondre le contenu conceptuel et le prédicat existentiel d'une chose. Ainsi, pour Kant, le concept de Dieu demeure le même, qu'il existe ou pas : ce « concept de Dieu » ne prouve rien, n'indiquant qu'une possibilité. Afin de l'illustrer, Kant prend l'exemple suivant : « Cent thalers réels ne contiennent rien de plus que cent thalers possibles. Car, comme les thalers possibles expriment le concept et les thalers réels, l'objet et sa position en lui-même, au cas où celui-ci contiendrait plus que celui-là, mon concept n'en serait pas le concept adéquat. Mais je suis plus riche avec cent thalers réels qu'avec leur simple concept (c'est-à-dire avec leur possibilité). »

    En bref : la conséquence du raisonnement ontologique est que l'« idée de Dieu » existe, mais l'existence elle-même de Dieu n'est pas une idée.

    Question repensée à nouveaux frais

    La philosophie des religions, et la question des preuves de l'existence de Dieu, ont connu un grand renouveau dans le sillage de la tradition analytique. Des auteurs tels que Peter Geach, Richard Swinburne, Alvin Plantinga, Antony Flew, John Leslie Mackie, et Jordan Howard Sobel se demandent quelles raisons nous avons d'affirmer ou de contester l'existence d'un être surnaturel dont dépendrait l'existence du monde.

    Tandis que les autres philosophes sont soit catholiques, soit protestants, soit anglicans, la caractéristique d'Antony Flew, qui lui a assuré un surcroit de notoriété ces cinq dernières années, consiste à avoir été, des années durant, un éminent philosophe des religions et d'avoir revendiqué son athéisme. Il a fini par considérer, autour de sa 81e année, que non seulement la question de l'existence de Dieu était importante mais encore que l'existence de Dieu était possible selon une variante de l'argument téléologique, que les anglo-saxons nomment fine tuning, en quelque sorte, l'argument du meilleur des mondes possibles. Il considère que, plus la complexité du monde apparaît dans les connaissances humaines, plus cet argument est puissant pour fonder le théisme. Quelques militants de la cause de l'athéisme s'en sont trouvés gênés et ont déclaré pour les uns, que cette conversion était un vœu pieux des croyants, en dépit de la lettre de Flew à Philosophy Now et pour les autres que l'auteur était déjà âgé.

    Philosophies contemporaines

    Maîtres du soupçon et « mort de Dieu »

    Depuis Paul Ricœur[165], on nomme habituellement « maîtres du soupçon » les penseurs Marx, Nietzsche et Freud.

    En Occident, à partir de René Descartes, Blaise Pascal et Grotius notamment, l'existence de Dieu est devenue sujette à la démonstration, et de plus en plus exposée à la critique, concomitante à la crise de la religion chrétienne et l'apparition du protestantisme. Les philosophes du XVIIIe siècle sont critiques mais pas athées.

    On doit à Friedrich Nietzsche la formule célèbre « Dieu est mort », mais c'est Feuerbach qui ouvre le feu. Les théologies de la mort de Dieu le prendront au mot. Ce courant de pensée n'est, d'ailleurs, étranger ni à l'islam ni au judaïsme.

    Feuerbach, l'essence du christianisme, 1841

    Ludwig Feuerbach fait écho aux mutations de la société occidentale moderne que sont le scientisme, la théorie de l'évolution de Darwin, le socialisme, partageant, entre autres, une critique des dogmes religieux, qui ouvre la voie à l'athéisme en considérant la notion de Dieu comme un construct social étranger à la réalité. Le concept principalement développé dans l'Essence du christianisme peut se résumer en deux points, à savoir, d'une part, Dieu comme aliénation et, d'autre part, l'athéisme comme religion de l'homme.

    Ce n'est plus l'homme qui dépend du divin mais le divin qui dépend de l'homme : « le progrès historique des religions consiste en ceci : ce qui dans la religion plus ancienne valait comme objectif, est reconnu comme subjectif, c'est-à-dire, ce qui était contemplé et adoré comme Dieu, est à présent reconnu comme humain [...]. Ce que l'homme affirme de Dieu, il l'affirme en vérité de lui-même ». Feuerbach voit ainsi la théologie comme une anthropologie renversée et Dieu comme une sorte de surmoi social, relevant de la sociologie des religions ou de la psychologie individuelle ou collective, en aucun cas de la philosophie ;

    Friedrich Nietzsche

    « Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu'à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau. — Qui nous lavera de ce sang ? Avec quelle eau pourrions-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d'inventer ? La grandeur de cet acte n'est-elle pas trop grande pour nous ? Ne sommes-nous pas forcés de devenir nous-mêmes des dieux simplement — ne fût-ce que pour paraître dignes d'eux ? »
    — Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir

    Philosophie et théologies du process

    La théologie du process est le nom sous lequel on rassemble les œuvres de cette métaphysique sur la nature de Dieu. Cette métaphysique, au contraire des précédentes, transcende les frontières des dénominations religieuses. Même si les penseurs chrétiens (protestants avec John B. Cobb ou catholiques avec, d'une certaine façon, Pierre Teilhard de Chardin et Jean-Luc Marion, ou encore laïcs avec Henri Bergson) ont publié plus d'ouvrages, on trouve aussi des penseurs du Process dans le judaïsme, dans l'hindouisme et dans une moindre mesure dans l'islam. Elle s'est développée autour de deux pôles :

    •la critique du cataphatisme par une distinction entre la représentation du Dieu et sa nature ontologique. Ainsi Paul Tillich invite à penser la distance entre les représentations de Dieu (transcendant, donc au-delà des possibilités d'expressions humaines) et la réalité de Dieu. La maxime qui résumerait cet aspect de la pensée de Tillich serait « Dieu est autre chose que ce qu'on en dit ». Dans Dieu au-delà de Dieu, il invite donc à une extrême prudence dans l'affirmation que telle doctrine serait la vérité ultime et, par là, poursuit une réflexion déjà entamée par Maïmonide dans son Guide des Égarés, et dans une moindre mesure sous certains aspects par Ibn Arabi.

    •la critique du thomisme des sept attributs, en particulier l'omnipotence, l'omniscience, l'immuabilité, l'ubiquité qui a fait la célébrité dans le monde anglo-saxon du livre de Charles Hartrshorne Omnipotence and other theological mistakes. Quoique ce livre date des années 1980, la version anglaise n'a pas été traduite en français ; on trouve des échos à cette critique chez un théologien français bien antérieur Wilfred Monod, dans ses conférences Aux croyants et aux athées données autour de 1926.

    Toutefois, le chef de file de cette théologie est le mathématicien Alfred North Whitehead dont le livre Procès et réalité, semble constituer la théologie systématique qui demeure peu connue en Europe faute de traduction de son œuvre théologique alors que, aux États-Unis, ses textes sont au programme des études secondaires.

    Si la théologie du process est plus particulièrement développée aux États-Unis, elle trouve néanmoins un certain écho en Europe grâce aux travaux d’André Gounelle qui a donné une introduction aux diverses théologies du process sous le titre Le Dynamisme créateur de Dieu.

    Whitehead ne donne aucune définition[note 8] de Dieu. Il en décrit les trois fonctionnalités :

    •injecter du possible dans le réel et, par là, lui ouvrir des potentialités, du devenir,
    •trier entre le potentiel et le possible et, par là, permettre efficacement le libre arbitre,
    •à défaut de donner un sens, donner une direction au possible. En cela les philosophes du process apportent une relecture de la prédestination chère à Augustin d'Hippone puis aux théologiens protestants. Cette direction est proposée (et non imposée) en sorte de favoriser la meilleure réalisation de chaque entité actuelle et de tendre vers un monde harmonieux.

    Phénoménologie chrétienne

    Pour le philosophe chrétien Michel Henry, Dieu n’est rien d’autre que la vie phénoménologique absolue qui donne en permanence chaque ego à lui-même et qui se révèle à nous dans la souffrance comme dans la jouissance de soi :

    « Dieu est Vie, il est l’essence de la Vie, ou, si l’on préfère, l’essence de la vie est Dieu. Disant cela, nous savons déjà ce qu’est Dieu, nous ne le savons pas par l’effet d’un savoir ou d’une connaissance quelconque, nous ne le savons pas par la pensée, sur le fond de la vérité du monde ; nous le savons et ne pouvons le savoir que dans et par la Vie elle-même. Nous ne pouvons le savoir qu’en Dieu. »

    Psychanalyse

    Sigmund Freud

    Freud considère que la foi est un symptôme qui exprime un besoin d'être protégé et la détresse qui prolonge celle de l'enfant : Dieu représente un père transfiguré, supérieur au vrai père et meilleur que lui : Dieu a été inventé par l'homme comme « substitut [psychotique] de la protection parentale qu[e l'homme] perçoit comme défaillante », inventant un Dieu bon ainsi que la croyance en la vie éternelle. Même s'il considère que la religion a rendu de grands services à la civilisation, Freud ne pense pas qu'il faille croire à ce qu'il estime être une « névrose obsessionnelle universelle », croire en Dieu revenant par ailleurs à prendre ses désirs pour des réalités. En 1927, dans L'Avenir d'une illusion, Freud écrit :« Il serait certes très beau qu'il y eût un Dieu créateur du monde et une providence pleine de bonté, un ordre moral de l'univers et une vie après la mort; mais il est cependant très curieux que tout cela soit exactement ce que nous pourrions nous souhaiter à nous-même ».
    Carl Gustav Jung

    Carl Gustav Jung, pour qui un symbole est quelque chose qui « renvoie toujours à un contenu plus vaste que son sens immédiat et évident », dit de Dieu qu'il est « le symbole des symboles ». C'est une expression qui ne se veut pas révolutionnaire, mais au contraire dans la continuité des diverses expressions du divin. Les recherches de Jung, dans l'alchimie ou la philosophie chinoise, tentent de relier ce qui est universel dans le ressenti de Dieu. Ces archétypes communs (qui constituent l'inconscient collectif), seraient exprimés par chaque religion de façon différente, mais toujours pour exprimer cette même symbolisation.


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    Psaumes 33:13 Du haut des cieux Yahweh regarde, il voit tous les enfants des hommes ; 14 du lieu de sa demeure, il observe tous les habitants de la terre, 15 lui qui forme leur coeur à tous, qui est attentif à toutes leurs actions

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